-Toi aussi Elise tu faisais ça ? le Dimanche qui suit la fête de la Trinité, soixante jours après Pâques...
-C'était la fête au village, à cette époque il n'y avait pas de voitures ou pas beaucoup, alors on décorait les rues...on utilisait des cadres en bois qu'on posait sur le sol, on garnissait l'intérieur de pétales de fleurs, de sciure colorée, de petites feuilles, et on enlevait doucement le cadre...chaque famille faisait son morceau de rue...et à chaque carrefour il y avait un reposoir...une sorte d'autel où la procession faisait une pause ...c'était à qui ferait le plus beau...
-La veille on effeuillait les pétales de rose, on en remplissait des bassines, on colorait la sciure...on repassait nos robes...Il fallait être belle et astiquer ses sandalettes...bien tirer les chaussettes des garçons...chic...la chemisette impeccable...
-Monsieur le maire et sa femme mettaient leurs chapeaux neufs...
-C'était...il y a tellement longtemps...on était petites toutes les deux...on croyait à l'amour toujours, à la Sainte Vierge qui regarderait nos fleurs et nous dirait merci...au paradis quand on mourirait (!)...d'abord on serait jamais mortes...on serait jamais vieilles...
-alors ...écoute Elise, on dirait qu'on serait encore petite...on dirait qu'on va refaire la fête Dieu...
-quand ?
-ben, tout de suite, parce que si on réfléchit trop on va pas le faire...
-Eugéne et Soan rigoleraient de nous !
-Oui surement !!! mais pas grave, on s'en fout de ce que pensent les autres !
-allez encore une fois, on va redevenir petites...tu veux ma belle ?
-Oui...on y va...
mais il a plu, tellement plu cette fin de semaine et nos vieilles carcasses n'aiment guère l'humidite...riez les filles, riez vous verrez quand vous aurez notre âge...alors nous n'avons pas eu le courage de décorer la route...
mais la terre est contente, la terre avait soif...dans le champ le maïs est minuscule et ce fermier traite tellement en désherbant que l'herbe a disparu...alors on y a semé des fleurs...même du jasmin pour le parfum...


c'était marrant...personne ne nous a vues..
mais arrivées chez Maï à l'heure du café on se sentait un peu frustrées...alors on vous a dessiné une fleur comme dans les processions de notre enfance...on vous l'offre, les pétales sentent délicieusement bon...et ne vous inquiétez pas les rosiers anciens sont tellement surchargés de fleurs qu'ils nous ont pardonné...
elles ont mille et une histoires à vous raconter...
et si vous voulez savoir ce que deviennent nos anciennes réas éphémères, cliquez
sur la spirale bleue, dans la marge...
maintenant courez, courez chez 
il y a aussi les pierres de la clairière où courent les écureuils et où passent les renards...
féminin et les pierres pour la solidité, la durée...



